Un Château à Vincennes

Après leur escapade à Saint-Germain-en-Laye, il semble que Les Croqueuses de Paris aient pris goût à la vie de château ! Coïncidence amusante, celui que nous allons croquer aujourd’hui est aussi en bout de ligne – mais de métro, pas de RER. Et, cette fois-ci, la visite sera plus modeste : pas de promenade sur les toits, juste une petite pause en mode lézards sur la pelouse qui longe les douves. Oh, des lézards un peu bizarres, bien sûr… avec pinceaux et crayons au bout des pattes ! ;-)

Voilà donc nos Croqueuses confortablement installées sur l’épais tapis d’herbe verte entourant le château. Vu d’ici, le donjon est particulièrement impressionnant, jaillissant de derrière les larges fossés (26 mètres) et la solide muraille (1000 mètres de long) : c’est le plus haut d’Europe (52 mètres). D’abord manoir capétien, résidence royale du XIIème au XVIIème siècle, prison d’État au XVIIIème, puis caserne… tout comme celui de Saint-Germain-en-Laye, ce château est un témoin de pierre qui nous raconte l’histoire de France.

Assez vite, chacune trouve son angle : Fabienne et Aurélie craquent pour l’architecture étonnante du donjon, dodu de tours et de tourelles, tandis qu’Anne s’attaque à la Sainte-Chapelle et que Véronique lui tourne le dos pour croquer l’alignement des façades, si typiquement parisiennes, qui lui font face. Et c’est ainsi que l’après-midi se termine, tranquille et reposant, à l’ombre des platanes…

Cependant il faut l’avouer, celui-ci aurait été incomplet sans notre arrêt au Terminus Château, brasserie populaire et fièrement restée « dans son jus » quand tant d’autres autour se « boboïsent » à coup de brunch et d’ambiance lounge ! Et pourtant, quelques stars du grand écran y viennent régulièrement – nous pouvons en témoigner ! Pour notre part, nous y sommes entrées un peu par hasard et à une heure plus que tardive en vue d’un déjeuner. (Nous revenions de ce périple tropical qui avait drôlement aiguisé nos appétits !) La cuisine, toute simple et sans chichis, a rechargé nos batteries. Quant à l’accueil de Frédéric, il a été fantastique : encore un grand merci à lui !

{ Infos Pratiques }

Le Château de Vincennes se trouve au n°1 de l’avenue de Paris, à Vincennes. Métro Château de Vincennes. Vous trouverez ces horaires d’ouverture ici.

Le Terminus Château (qui est aussi un hôtel) se trouve au n°9 de l’avenue de Nogent, juste à la sortie du métro. Il est ouvert tous les jours de 6 heures à minuit trente.

Paris est un Jardin tropical

Sans doute connaissez-vous le Bois de Vincennes – l’autre poumon vert de Paris, le pendant du Bois de Boulogne côté Est de la capitale. On y va pour le Zoo, le Parc Floral ou encore l’Hippodrome… mais savez-vous qu’on peut aussi s’y perdre dans une petite « jungle » où d’anciens pavillons exotiques semblent s’être peu à peu figés sous la mousse ? Venez, nous allons visiter le Jardin d’Agronomie Tropicale de Paris.

DUR PASSÉ

Lieu de promenade ouvert à tous à la pointe la plus orientale du Bois, l’endroit porte la marque d’une histoire plutôt lourde – un passé en forme de passif… Créé à la fin du XIXe siècle pour étudier les plantes cultivables Outre-mer, le jardin fut en effet choisi en 1907 pour accueillir la première Exposition coloniale organisée à Paris.

On le divise alors en deux parties principales, africaine et asiatique, de part et d’autre de l’allée centrale. Des pavillons sont construits qui demeurent aujourd’hui, parfois en très mauvais état ; d’autres ont été détruits. Des villages traditionnels congolais, indochinois, malgache et kanak y sont reconstitués, ainsi qu’une ferme soudanaise et un campement touareg. Des « autochtones » y tiennent leur propre rôle pour le public français en quête d’exotisme. On n’est pas loin du « zoo humain »… Et c’est un gros succès : de mai à octobre, deux millions de visiteurs viendront voir à quoi ressemble la vie « aux colonies ». D’ailleurs, l’idée n’est pas seulement d’en montrer un aperçu, mais bien de faire envie. Car à l’époque, on manque de cadres administratifs et l’État espère, par cette opération, recruter des volontaires pour partir s’installer là-bas.

Quelques éléments sont antérieurs à 1907. Ainsi les serres des deux marques de chocolat et de café Menier et Hamel furent-elles remontées au Jardin d’agronomie tropicale à l’issue de l’Exposition universelle de 1900. Tout comme le fut la porte chinoise en bois rouge après l’Exposition universelle de 1906, où elle était exposée sous la verrière du Grand Palais. D’autres monuments, notamment mémoriels, sont au contraire plus récents – par exemple, le stûpa dédié aux soldats cambodgiens et laotiens morts pour la France. Car le lieu porte aussi l’empreinte de la Première guerre mondiale, durant laquelle fut installé l’hôpital des troupes coloniales et construite la toute première mosquée de France métropolitaine… Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons ce superbe documentaire signé Françoise Poulin Jacob.

VERT L’AVENIR

Mais ce lieu de mémoire, hanté par la guerre et la colonisation, porte aussi le beau nom de René Dumont, premier penseur français de l’écologie politique. Et on y travaille à l’avenir, avec les CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) et CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement)…

Mais le présent est bien là, lui aussi. Grâce, notamment, à l‘association V’île Fertile. Ses ambitions sont plus locales : micro-ferme maraîchère associative, elle produit des légumes frais, sains et décarbonés, en tirant partie des ressources organiques de la ville pour les vendre au détail, sur place.

Vous le savez, Les Croqueuses vivent au présent elles aussi, bien décidées à profiter de ces instants d’amitié partagée – crayons, pinceaux et carnets à la main. Alors, ce matin-là, nous avons traversé le Bois de Vincennes ensemble, croisé les oies bernaches et la police montée, poussé la petite porte verte du Jardin d’Agronomie Tropicale et nous sommes laissées avaler par cette fausse « jungle » pleine de fantômes et de jolies surprises…

CARPE DIEM

Qui penserait voir, ici, à Paris, des couples de perroquets verts s’envoler de branches en branches ? Alors que nous traversons le jardin en quête d’un endroit propice au dessin, notre Croqueuse Véronique soudain s’arrête et nous montrent les feuillages, surexcitée. « Promis, je vous jure, c’était des perroquets verts ! Je les ai reconnus, j’en ai vus l’année dernière au Sri Lanka ! » Hum. Les trois autres Croqueuses, il faut l’avouer, restent songeuses. Voire perplexes. Il fait très chaud – et lourd, et moite – ce jour-là. Elles n’osent pas proposer à Véronique de se tenir à l’ombre et de boire un peu d’eau fraîche… quand tout-à-coup, un bruissement dans les arbres attire l’attention d’Aurélie. « Je les ai vus aussi ! C’est dingue ! Ils sont magnifiques ! » Ouf, Véronique se sent moins seule.

Quelques pas plus loin, l’endroit propice est trouvé. L’esplanade du Dinh vietnamien nous accueille avec son joli mur de briques et son urne funéraire en bronze, semblable paraît-il à celles du Palais Impérial de Hué. En face, une pagode rouge, qui tranche avec le vert vif des bambous. Et au milieu, un escalier flanqué de deux gros dragons pas commodes. Voilà, on y est. L’inspiration est là. On s’assoit et on croque, dans une quiétude tropicale intense, jusqu’à totale inanition… sans oublier de faire, évidemment, quelques pitreries pour la galerie !

{ Infos Pratiques }

Le Jardin d’Agronomie Tropicale est au n°45 bis de l’avenue de la Belle-Gabrielle, Paris 12ème. RER Nogent sur Marne (ligne A – direction Boissy-Saint-Léger / La Varenne) puis 10 minutes à pied. Il est ou­vert tous les jours à partir de 9h30 ; l’heure de fermeture dépend des saisons…

Paris-Plages ? Paris-Port !

Tout le monde connaît « Paris-Plages » – opération estivale inventée en 2002 – mais qui sait que la capitale accueille un vrai port en son sein ? Si si, avec une capitainerie et tout ce qu’il faut de bateaux, de pontons et même de mouettes !

Le fossé de l’Arsenal fut d’abord un marais, où les Parisiens du XVème siècle venaient pêcher la grenouille. Il devint ensuite un bassin, à flot pendant les périodes de crue, répondant tantôt aux besoins militaires tantôt à ceux du commerce. Y transitent essentiellement du blé, du bois et du vin, venus tout droit de Bourgogne au fil du courant… Et quel courant ! (Tous les Bourguignons savent que ce n’est pas la Seine qui coule à Paris, mais l’Yonne évidemment. ^^)

L’essor chaotique du port, tout au long des XIXème et XXème siècles, accompagne la création des canaux de Paris pour devenir, en 1983, ce port de plaisance un brin nonchalant. Il est désormais bordé d’un jardin où il fait bon croquer… notre pique-nique.

C’est à la terrasse du café du port, crayons toujours en mains, que nous regardons le ciel rosir de plaisir, le Génie de la Bastille courir après des nuages de barbe à papa et le soleil se coucher doucement sur cette journée bien remplie, commencée dans une gare et finie dans un port… Ah, Paris !

Paris en mode Décor

À quelques pas de la gare de Lyon et de sa grande agitation se cache une petite rue tranquille, charmante et colorée, connue dans le monde entier : Cremieux Street!

Souvent totalement ignorée des Parisiens eux-mêmes, cette longue allée piétonne déchaîne pourtant les passions jusqu’en Australie, au même titre que Montmartre ou la Tour Eiffel. (Vous ne nous croyez pas ? Voici une autre preuve.) On parle aussi de the most colorful street in Paris au Canada – ici et – ou encore aux USA

Par ailleurs, les  « blogueuses mode » et autres « youtubeuses » françaises raffolent des couleurs acidulées de la rue. Elles en usent, et en abusent, comme décor pour leurs prises de vue : le site de Femme Actuelle évoque le sujet avec humour. Tout cela contribue à la renommée internationale de cette rue inconnue, notamment sur Instagram. De quoi piquer la légendaire curiosité des Croqueuses, non ?

Et, en effet ! Nous n’y sommes restées que deux heures et pourtant, nous en avons vu défiler, du (joli) monde ! Pour commencer, nous assistons à un shooting de jeunes mariés. Était-ce un vrai couple ? Ou des mannequins payés par une créatrice ? Mystère… Nous nous retrouvons ensuite au milieu de touristes américains – genre équipe sportive en déplacement à Paris – venus spécialement visiter la rue et, bien sûr, s’y prendre en photo sous toutes les coutures. Même chose avec un couple d’amoureux, puis plusieurs petits groupes de deux ou trois jeunes filles. Est-ce une maladie contagieuse ? Nous finirons par céder à l’ambiance générale et prendrons la pose, nous aussi.  :D

Les blogueuses, les mannequins, les amoureux, les touristes, les photographes, les Croqueuses… OK. Mais, et les Parisiens ? Apprécient-ils cette débauche de couleurs pimpantes ? Eh bien, oui. Comme cette passante qui nous avoue faire un détour, chaque matin, pour se rendre à son travail en empruntant la rue Crémieux plutôt qu’une autre : c’est son petit secret, dit-elle, pour bien démarrer la journée. Plus tard, une petite dame de 92 ans, sortant faire ses courses toute pomponnée, nous racontera au passage quelques épisodes croustillants de la libération de Paris…

Conclusion des Croqueuses ? The most colorful street in Paris vaut le coup d’œil, et de crayon. Elle est bel et bien devenue l’un des hauts lieux du « haut en couleurs » parisien !

Paris en Bleu et Or

Vendredi, pour leur toute première session d’automne, Les Croqueuses se sont retrouvées gare de Lyon, dans le 12ème arrondissement. Un rendez-vous dans une gare ? Allions-nous partir en voyage ? Eh bien… oui. Un voyage dans le temps. Car, monter dans ce train-là, dont la voie n’est jamais annoncée mais qui domine tous les quais du Hall 1, c’est partir à l’envers et retourner au Paris de la Belle Époque.

Le Train Bleu, superbe restaurant pourtant très sobrement nommé « le buffet de la gare » jusqu’en 1963, est né grâce à l’Exposition Universelle de 1900. Avec le métro, les Grand et Petit Palais, le Pont Alexandre III ou la gare d’Orsay – devenue depuis le beau musée que l’on sait. Mais, pas de jaloux : Jean Cocteau, grand habitué du restaurant, le décrivait justement comme un musée. Difficile de lui donner tort !

Dès la porte tambour passée, on est ébloui par la richesse du décor. Murs et plafonds sculptés, toiles peintes, lustres et mobilier… tout dans la Grande Salle (dite Réjane) ou chacun des Salons (Doré à droite et Orientaux à gauche) est une invitation au voyage à travers la France jusque sur l’autre rive de la Méditerranée. Commandées par le PLM (la Compagnie du chemin de fer Paris-Lyon-Marseille), les 41 toiles représentent les villes du réseau ferroviaire. Bien que réalisées par 27 peintres différents – des « petits maîtres » comme l’on disait alors, souvent originaires des lieux représentés – ces œuvres ont en commun de rendre hommage à la lumière éclatante du Sud. Plus prestigieux, François Flameng (1856-1923) et Guillaume Dubufe (1853-1909), se voient confier les allégories de Paris et Lyon dans la Salle Réjane ; tandis qu’au plafond du Salon Doré, Henri Gervex (1852-1929) peint Nice, la Guerre des Fleurs. Ces trois artistes sont des habitués des grands chantiers de l’époque : la Comédie française, l’Opéra comique, l’Hôtel de Ville ou encore la Sorbonne… Et dire que tout cela faillit disparaître dans les années 60 !

Finalement classé « Monument Historique » en 1972, grâce à l’intervention d’André Malraux et du cinéaste René Clair notamment, ce témoignage grandiose du Paris de la Belle Époque échappe définitivement à la démolition. Le Train Bleu – en référence au train de luxe, bleu et or, qui desservait la Côte d’Azur – devient un mythe. Pour preuve, ces nombreux films où il est à l’honneur : La Maman et la Putain (Jean Eustache, 1973), Nikita (Luc Besson, 1990), Place Vendôme (Nicole Garcia, 1998), Filles uniques (Pierre Jolivet, 2003), Les Vacances de Mr Bean (Steve Bendelack, 2007), Micmacs à tire-larigot (Jean-Pierre Jeunet, 2009)… Et depuis, rénové, il a encore embelli.

Ouf, quel curriculum ! Les Croqueuses vont devoir l’oublier un peu avant d’oser dégainer leurs crayons. D’ailleurs, nous commençons plutôt par saisir nos fourchettes. En version sucrée ou salée, nos petits-déjeuners complets (24,50 €) se révèlent à la hauteur du lieu mais aussi de l’accueil, plein d’attention. Les œufs brouillés au saumon sont fondants, les tartines et viennoiseries délicieuses, la brioche aux pralines à la fois moelleuse et croquante, les jus et salade de fruits – comme la faisselle et son coulis – tout frais… Bref, un régal. Ce menu raffiné n’en est pas moins copieux : nous avions dans nos sacs un pique-nique pour le midi, que nous ne sortirons pas avant 17 heures.

Allez, assez croqué. Croquons maintenant ! À l’aquarelle ou aux crayons, nous avons tenté de rendre la richesse du décor et ses belles perspectives tracées par des rangées de tables, si impeccablement dressées. Mais nos photographies (et tout bientôt la vidéo) ne seront pas de trop pour compléter la visite.

Les Croqueuses remercient chaleureusement le personnel, en particulier Mme Isabelle Chasselin, pour sa confiance et sa disponibilité. Nous ne pouvons que vous encourager à vous offrir – le temps d’un thé délicatement parfumé ou plus si affinités – un voyage vers la Belle Époque, à bord de ce train magique…

{ POST-SCRIPTUM }

À noter, pour les petits curieux qui cumulent (!) gourmandise et passion des transports ferroviaires, l’existence d’un autre restaurant étonnant : Le Wagon Bleu, installé dans une voiture du mythique Orient-Express. Il vous attend juste au-dessus des voies de la gare Saint-Lazare, au 7 de la rue Boursault. De taille et d’allure évidemment plus modeste, c’est un établissement plein de charme, festif à ses heures et qui sert une excellente cuisine corse. (L’une des Croqueuses a testé. Eh oui, la vie est dure… ^^)

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