Une Plage à Paris

En ce mois d’août caniculaire, tous les Parisiens qui le peuvent ont déserté la capitale. Fidèles à notre promesse, nous avions lancé – comme l’an dernier – une invitation publique à venir « croquer » avec nous… mais cette fois personne n’est là. D’ailleurs, deux des Croqueuses elles-mêmes manquent à l’appel – un comble ! Nos messageries sont inondées de petits mots d’excuses… « Trop dommage ! » « La prochaine fois, j’espère ! » Bref, le jour J, Anne et Véronique sont donc allées au rendez-vous sans grand espoir.

Pourtant, dès la sortie du Métro Pont-Marie, devant les bouquinistes et leur drôle de jardin, voilà qu’une jeune femme souriante nous aborde. « Est-ce que vous êtes Les Croqueuses de Paris ? » Elle se présente : Béatrice, de retour après trois années passées à New-York et spécialisée dans l’événementiel culturel. Pour elle, ce rendez-vous est l’occasion de se replonger dans le bain et de tisser de nouveaux liens tout en reprenant le dessin… Alors, c’est parti ! Nous descendons sur le quai et sortons nos carnets.

Face aux deux îles – Saint-Louis et de la Cité, quel panorama ! – la plage est tranquille. Nous choisissons de nous installer sous de grands parasols. De jolies tables colorées nous y attendent, qui sont aussi des plateaux d’échecs, de dames, de petits chevaux, de jeu de l’oie… Les animateurs nous laisserons les squatter sans problème jusqu’à l’arrivée d’un groupe d’enfants venus jouer dessus. Ce sera simplement le signe qu’il est l’heure de poser nos crayons pour aller prendre un verre à la terrasse des Nautes !

Le rendez-vous Crocœurs 2018 aura été différent du premier. Plus confidentiel, plus intime, avec du temps pour bavarder art et voyages, il nous aura permis de découvrir le beau projet de Béatrice : Paint Away Tours, sa toute jeune entreprise, à suivre absolument… Bon vent à elle !

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Ils ont croqué avec nous !

Cet été, Les Croqueuses avaient envie de compagnie pour dessiner Paris. Sur notre page Facebook, nous avons donné rendez-vous, mardi 8 août, à qui voudrait partager un moment convivial avec nous.

Au départ, il était prévu de se retrouver au musée du Quai Branly. En effet, le toit y est accessible tout l’été : l’occasion rêvée de croquer une vue panoramique sur la Seine ! Hélas, le temps orageux nous a obligées à changer nos plans, la veille, à 22h ! Nous avons finalement opté pour un rendez-vous au Palais-Royal, sous les colonnes du Grand Véfour.

Ce fut une expérience très sympathique : neuf croqueurs sont venus à notre rencontre ! Des Urban Sketchers passionnés, mais d’autres aussi qui n’avaient pas dessiné depuis bien longtemps. Les uns parisiens, les autres franciliens, d’autres encore venant de plus loin – Angers ou Rouen – exprès pour nous ! (Bon, et peut-être un peu pour Paris ?) Mais tous ont en commun d’apprécier les belles choses… et les gens de bonne compagnie ! ;-)

Comme nous le faisons d’habitude, nous avons commencé par arpenter les galeries, en quête du meilleur point de vue. Peu à peu, chacun a trouvé le sien et s’est posé pour le croquer. Tout y est passé : jardin, vitrines, mobilier, mosaïques, façades, arcades, lampes, grilles, pigeons, passants, colonnes de Buren et fontaines de Bury !

Bien sûr, une rencontre entre Croqueurs ne peut se terminer ailleurs qu’autour d’une table… et même plusieurs ! Celles du Bistrot d’Edmond – une très chouette adresse du 2ème arrondissement, dénichée par hasard parce que la brasserie visée n’était pas ouverte au mois d’août – furent parfaites pour accueillir nos bavardages et récompenser nos efforts artistiques par quelque réconfort du genre liquide et désaltérant. La plus jeune d’entre nous (Corisha, 11 ans) se régala même d’un bon cheese cake au caramel : autant dire qu’elle a déjà tout d’une vraie Croqueuse de Paris ! ;-)

Un très grand merci à vous tous – Nathalie, Françoise, Patricia, Isabelle, Corisha, Jeanne, Vanessa, Luigi et El Tinois – pour votre bonne humeur, votre talent… et vos photographies ! Très heureuses de l’ambiance, et des liens tissés au fil de ce rendez-vous, nous comptons bien récidiver dès que possible !

Et vous ? Viendrez-vous, cette fois-ci ?

À Paris, on connaît la Musique !

Après cette matinée si agréable, passée à croquer le Pavillon des Canaux, il a bien fallu sortir sous la pluie ! Heureusement, nous n’allions pas très loin : une station de métro (ligne 5, Porte de Pantin) et hop ! nous poussions déjà les portes de la Philharmonie. Au programme, une visite des collections permanentes.

L’épiderme étonnant, métallique et rutilant, de cette architecture luit doucement, comme en sourdine, sous la pluie. Mais… ses écailles de poisson géant, de dragon peut-être, n’évoquent-elles pas plutôt des oiseaux en plein vol, élégamment imbriqués, à la manière d’un fascinant dessinateur néerlandais ? La question reste posée

Dès l’entrée, Les Croqueuses sont priées de montrer patte blanche. En échange, nous obtenons un joli badge autocollant : nous voilà donc officiellement autorisées à dessiner dans les salles du musée. Ce petit contre-temps administratif passé, nous partons en voyage dans le temps (de – 5000 à aujourd’hui) et autour de la planète (de Saint-Omer à Bucaramanga, d’Izmir à Katmandou, en passant par Madagascar).

Chacune d’entre nous trouvera son modèle idéal : têtes de violes sculptées d’Edward Lewis (luthier anglais du 18ème siècle) pour Anne, trompette de théâtre signée Adolphe Edouard Sax (fils de l’inventeur du saxophone, 1884) pour Fabienne, métallophone khong mon klang de Thaïlande pour Véronique, tambours de Côte d’Ivoire et du Congo pour Aurélie, vièle à pique d’Iran (14ème siècle) pour Jeanne, notre invitée… Quel orchestre !

Pourtant, le silence règne en maître dans les salles du musée. D’habitude certains instruments y prennent vie, entre les mains de musiciens experts. Hélas aujourd’hui, personne : pas de chance, Les Croqueuses… Heureusement qu’il y a les « visites contées » avec ses petits groupes d’enfants rieurs qui écoutent, passionnés, des histoires musicales du monde entier !

Mais, voilà qu’après ces heures passées à dessiner, ce sont bientôt nos estomacs qui se mettent à chanter. Nous cherchons un café où « croquer » d’autres choses que trompettes et tambours. Nous n’avons pas prévu le coup ; il faut improviser. Dans ce quartier anciennement dédié à la boucherie, nous tombons soudain nez à nez avec TonTon Jaurès. Bienheureux hasard ! Une large table de ferme y attend notre joyeux bazar – crayons, boites d’aquarelle et carnets. Quant à la carte, sa palette nous convient : tartare de bœuf ou de saumon, salade florentine, frites maison…

Cette belle journée entre amies françaises et américaine se conclura sur une jolie note gustative, délicieuse « surprise du chef ». Alors qu’un parfum prometteur s’échappe de la cuisine, Les Croqueuses – curieuses et gourmandes comme elles sont – veulent savoir de quoi il s’agit. On nous apporte une corbeille : du popcorn au beurre d’escargot ! Amusant non, ce mariage entre nos cultures ? Amusant et bon : merci TonTon !

Le Paris de Jeanne

Vous l’avez aperçue ici, dessinant dans la baignoire la plus célèbre de Paris, et nous avions promis de vous la présenter : l’illustratrice Jeanne de Sainte-Marie, une « Parisienne franco-américaine » – comme elle-même se définit. D’ailleurs, laissons-lui la parole…

{ Interview }

J’ai grandi aux États-Unis dans la région des Grands Lacs, mais je suis devenue une Parisienne invétérée — addicte à ses toits de zinc, à sa Tour Eiffel scintillante et au charme de ses jardins. Addicte aussi à toutes les sorties culturelles, flâneries que cette ville peut m’offrir.

Mes parents, d’ascendance québécoise, prononçaient mon prénom et nom Jeanne Belanger à la française. L’influence du français et le désir d’une vie artistique m’attiraient vers Paris. Après des études de peinture et de design textile à l’Université de Michigan, puis à l’École des Arts Décoratifs de Paris, j’ai travaillé comme designer de couleurs et matières dans l’industrie automobile à Detroit d’abord et chez Renault ensuite.

Paris, la ville de l’amour, a frappé ! J’ai épousé un Français et nous avons eu deux garçons. Quand nos enfants étaient petits, je me souvenais de ma propre enfance et des merveilleux moyens d’évasion qu’étaient les livres illustrés. J’ai eu envie de devenir écrivain et illustratrice à mon tour…

J’ai illustré des livres pour enfants, des cartes postales, des calendriers, des textes pour la presse jeunesse et réalisé de nombreux carnets de voyage. Je participe à des expositions des deux côtés de l’Atlantique – à Paris, quelques unes de mes œuvres ont même été achetées par la Bibliothèque Forney !

Il y a tant d’endroits que j’aurais voulu partager avec Les Croqueuses ! D’ailleurs, nous avons longuement échangé sur les idées de sorties. Certains lieux qui me sont très chers avaient déjà été croqués par le quatuor… et j’ai pensé au thème de la musique. Celui-ci me semblait propice car, comme le dessin, la musique est un langage de création, ouvert sur toutes les cultures. Et ces Croqueuses, je le sais, sont avides de voyages…

Quant à moi, je vais souvent écouter les concerts et les spectacles musicaux à Paris, avec mon mari et mes amis. Nous sommes déjà fans de la nouvelle grande salle de la Philharmonie. Il m’arrive de dessiner les musiciens en action pendant un concert, tout en écoutant. Leurs prouesses me fascinent. Les instruments aussi. Beaux ou insolites, j’admire le travail des artisans qui les ont façonnés. Finalement, nous avons décidé de découvrir ensemble la Cité de la Musique, dans le quartier de la Villette.

Nous aurions pu dessiner la Grande Halle. Ou, plus modernes, la Cité des Sciences, la Géode ou la Philharmonie… Hélas, la météo ne s’annonçait pas assez bonne pour dessiner en plein air. Quand Aurélie nous a suggéré le Pavillon des Canaux, nous avons toutes dit YES!  Leur site montrait un lieu de partage et de gourmandises, coloré, cosy et fun. Parfait pour nous !

PS : Je trouve très amusant que le verbe « croquer » veuille dire « manger » et « dessiner » en même temps ! Paris est un festin où l’on peut « croquer » les délices aussi bien visuels que culinaires.

Jeanne B. de Sainte-Marie

Mais, au fait… Pourquoi l’avoir choisie, elle ? (Et comment la connaissions-nous ?) Parce que Jeanne vient tout juste de terminer les (superbes !) illustrations d’un album jeunesse, à paraître à l’automne aux États-Unis, entièrement dédié à Paris… Marielle in Paris, aux éditions Pomegranate.

{ Résumé }

Le texte, écrit par Maxine Rose Schur, raconte les aventures de Marielle, petite souris parisienne. Créatrice de mode, elle reçoit un jour une commande importante. Elle doit créer neuf robes, toutes différentes et originales, pour l’anniversaire des neuf filles d’une cliente élégante – Bérénice, Babette, Belle, Bernadette, Blanche, Blondelle, Brie, Brigitte et Béatrice.

Où trouver l’inspiration ? Marielle sillonne la ville à la recherche de nouvelles idées. Sera-t-elle capable de livrer les robes à temps ? D’autant qu’un coup de vent s’en mêle et ruine tout son travail ! Heureusement, son ami Pierre le pigeon peut l’aider… à condition que Marielle surmonte sa peur des hauteurs et accepte un vol périlleux au-dessus de Paris !

Et par ailleurs, trois des Croqueuses connaissaient Jeanne depuis juillet 2013 et la Biennale de Brioude, où elle exposait A Word’s a Bird tandis que nous croquions (déjà !) la capitale… estivale de l’aquarelle ! ;-)

Depuis, nous nous sommes retrouvées régulièrement pour aller visiter telle ou telle exposition parisienne – celle-ci notamment. C’est toujours un grand plaisir de partager du temps avec elle, voilà pourquoi l’inviter à venir croquer avec nous relevait de la pure évidence !

 

Le Paris de Julie

La semaine passée, pour notre tout premier rendez-vous de 2017, nous avions une invitée : Julie Auzillon. (Formule déjà inaugurée en octobre dernier, avec Patricia Allais-Rabeux au Jardin d’Acclimatation.) Cette fois, nous avions demandé à Julie de nous présenter un quartier où elle aime aller, à travers deux ou trois endroits qu’elle apprécie tout particulièrement. Elle n’a pas hésité longtemps et on la comprend : les trois adresses qu’elle nous a fait découvrir nous ont beaucoup plu !

Mais, au fait… qui est donc cette Julie Auzillon ? Une artiste, évidemment. Une relieuse d’art, spécialiste du papier. Regardez-la travailler :

Pourquoi l’avoir choisie, elle ? (Et comment la connaissions-nous ?) La réponse est facile : parce que des « bonnes adresses », Julie en a plein. Notamment concernant le papier, puisqu’elle a édité un guide… le Paris Paper Tour !

Et puis, Julie et Aurélie se sont connues pendant leurs études supérieures ; elles étaient ensemble à l’École Estienne. Depuis, Julie travaille pour des collectionneurs, différentes enseignes et boutiques de luxe (Vuitton, Calligrane…) et crée ses propres collections de papeterie. En 2015, elle reçoit le Prix de la Jeune Création Métiers d’Art et, en 2016, décroche la Bourse de Recherche en Reliure de Création, décernée par le Musée Royal de Mariemont (Belgique). Ses premières recherches l’ont menée au pays du papier washi, le Japon…

Hélas, le jour J, Julie fut privée de sortie par un vilain microbe ; c’est pourquoi vous ne la verrez ni sur les photos, ni sur la vidéo. Pourtant, de découverte en découverte, nous n’avons cessé de penser à elle toute la journée. Les Croqueuses la remercient vivement et l’invitent à se joindre à elles une prochaine fois, quand elle voudra. :-) D’autant qu’elle a bien voulu répondre (par écrit, du coup) à quelques unes de nos questions…

{ Interview }

Aurélie : Je sais que tu te prépares à te rendre au Brésil. Parle-nous un peu de l’objet de cette destination… Vas-tu en profiter pour éditer un troisième tome de ton guide, avec un « Rio Paper Tour » ?

– Oui, je pars très bientôt au Brésil, pour donner un stage de reliure à São Paulo. C’est fou d’imaginer que les images de mon travail ont voyagé jusque là-bas, et d’être invité à en parler et à l’enseigner. Merci Internet et les réseaux sociaux ! Je compte en effet prolonger l’aventure des Paper Tour et en réaliser beaucoup d’autres à l’occasion de mes prochains voyages. Malheureusement, il semble ne pas y avoir grand chose au Brésil ! Enfin, on verra, j’aurai peut-être des surprises…

Véronique : Ta précédente destination était le Japon, pourquoi ce choix ? Et était-ce comme tu l’avais imaginé ? Qu’est-ce qui t’a le plus surprise ?

– Je suis fascinée par cette culture, sans trop savoir pourquoi ni depuis quand. L’esthétique épurée, le rapport au temps, la valorisation de l’artisanat et de la tradition… C’est une source d’inspiration inépuisable pour moi. C’était comme je l’avais imaginé, oui. C’était comme voir tout ça « en vrai » ! Et ce qui m’a le plus surprise, c’est la propreté des rues et des transports en commun ! À côté de Paris, ça fait un choc…

Fabienne : Les carnets que tu crées se rapprochent parfois de la sculpture. Es-tu tentée de « délaisser » les livres et les carnets pour créer des sculptures ou d’autres objets ?

– J’avoue que je m’émancipe de temps en temps du contenu littéraire, pour créer des objets graphiques en deux ou trois dimensions. J’ai par exemple réalisé plusieurs objets hybrides, entre le livre et la sculpture. La reliure est un ensemble de gestes (couper, plier, coudre). À partir de là, tout est possible ! Je fabrique aussi mon propre papier, où je réalise les motifs lors de la fabrication, avec la pâte à papier elle-même. Au départ, je voulais utiliser ces feuilles pour mes reliures, mais je n’arrive pas à les découper ! Je les aime tellement comme ça, qu’elles sont finalement devenues des tableaux.

Anne : Julie, t’arrive-t-il de dessiner dans tes magnifiques carnets ?

– Oui, j’écris et je dessine dans mes carnets ! Quand je crée une nouvelle reliure, je fais beaucoup de croquis. J’utilise alors mes prototypes ou les modèles que je réalise quand je donne des cours. J’ai peu d’occasion de dessiner en dehors de ça, malheureusement. Il m’arrive aussi d’écrire dans mes carnets, pour garder une trace de mes « jours précieux », (« hare » en japonais)…

Merci, Julie !

Alors, où nous a-t-elle guidées ? Vous le saurez bientôt – ou le savez déjà sans doute si vous nous suivez sur Facebook, Twitter ou Instagram ! Au programme : une boutique, un restaurant et un musée. Le tout, entre les 11ème et 3ème arrondissements. @ suivre…

Paris est un Jardin Coréen

Où croquer pour profiter de l’automne ? Dans un jardin, bien sûr. Malgré le ciel repeint en gris par les nuages, les feuillages y flamboient. Et puisque Paris est un monde, nous décidons de partir en Corée.

Ce jardin se trouve au cœur d’un autre. Poétique, il invite à la rêverie. On y entre par la «porte du Paradis» (Pisemun) et les eaux du «petit étang qui purifie le Cœur» (Sesimji) reflètent la silhouette d’un joli temple. Puis la «cour de l’Harmonie» s’ouvre sur «l’escalier Céleste» (Aeyangdan) menant à la «terrasse de la Lune» (월대, Woldae). Quant à la «porte de l’éternelle Jeunesse» (Bullomun), elle offre la santé à qui la franchira pour accéder au pavillon de méditation (죽우정, Jukujeong) dont les couleurs, traditionnelles et vives, interpellent celles de Buren à la Fondation Louis Vuitton.

Et c’est justement ce dialogue que notre invitée a choisi d’interpréter. Car oui, c’est une grande première : aujourd’hui Les Croqueuses de Paris dessinent à quatre, telles des mousquetaires du crayon ! L’idée de partager certaines de nos sorties avec d’autres artistes est née dès la formation de notre trio. Croquer la ville sur le vif ensemble, c’est un peu comme improviser pour des musiciens. De temps en temps, un nouvel instrumentiste se joint au groupe et fait le bœuf. Nous aimons l’échange, le collectif… et il y a tant de croqueurs de talent ! Alors, voici la première d’entre eux : l’aquarelliste Patricia Allais-Rabeux.

Aller chercher l’inspiration dans la rue. Un crayon, un papier, c’est aussi le moyen de prendre son temps, de respirer l’ambiance, de mémoriser l’impression de l’instant, et de le partager avec les personnes rencontrées. Les choses bougent vite, de sorte que la quête d’inspiration est à chaque déambulation renouvelée. Chaque promenade est unique. Mes aquarelles sont l’histoire de cette quête, d’une promenade où chaque humeur du temps offre un regard nouveau.

La technique de Patricia est très au point. Sur place, elle capte l’ambiance, glane des éléments, croque au stylo et prend quelques clichés. De retour à l’atelier, elle imprime ses photographies, les découpe et recompose avec elles une image idéale – patchwork sensible – de cet instant passé. Ensuite, elle dégaine ses pinceaux pour la fixer. (Elle écrit, aussi : lisez le post-scriptum !)

Partager cette déambulation créative au Jardin d’Acclimatation fut un pur bonheur pour nous toutes. Et dire que nous avons déjà nos trois invités suivants… Vivement la prochaine sortie !  :-)

{ POST-SCRIPTUM }

J’ai mal dormi, j’ai toussé et transpiré toute la nuit.

« Alors tu vas mieux ?

– Nooonnnnnn…

– Tu étais tellement contente d’aller faire cette journée, tu devrais rester au chaud… vu l’état où tu es.

– Nooonnnn !

Je me lève d’un coup, ma tête tourne. J’y vais c’est tout. J’embarque la sacoche du carnettiste, j’y ajoute les aspirines, le sirop et les mouchoirs. Ligne C du RER, c’est long quand tu renifles. Je n’ai pas faim, mais il faut que je prenne des forces, je fais la queue dans un resto rapide qui n’en a que le nom. Les Croqueuses de Paris sont déjà attablées. Cela me fait tellement plaisir de participer à cette journée, que je recouvre quelques forces. Un grand merci à elles trois de m’avoir invitée.

Le Jardin d’Acclimatation ressemble toujours à celui de mes souvenirs ; les manèges et autres bâtiments ont été repeints, mais ils ont conservé la même couleur, celle de mon enfance. Lorsque ma grand-mère m’emmenait voir les oiseaux et faire des tours de voitures. Je restais toujours bloquée devant cette pendule fleurie, à l’entrée. Je n’étais pas bien grande, elle me paraissait immense, et les couleurs vives des fleurs, la composition du jardinier m’hypnotisaient. Plus tard, j’y ai emmené mes filles, je les revois courir vers l’araignée géante. Nous y avons organisé des chasses au trésor et des pique-niques familiaux, bien arrosés, et très joyeux.

Aujourd’hui, avec les Croqueuses, je tente, malgré la tristesse du temps, de mettre des couleurs vives sur mon papier. La Fondation Louis Vuitton fait partie du paysage, elle se voit de partout, mais je trouve ses formes et couleurs tout à fait en harmonie avec le lieu. J’aime bien cet anachronisme entre architecture moderne et jardins.

Patricia Allais-Rabeux