Un Bouillon à Paris

L’année dernière, pour leur traditionnel repas de Noël entre copines, Les Croqueuses de Paris cherchaient l’endroit idéal. Étant données nos exigences et celles de nos porte-monnaie, le restaurant devait réunir trois qualités essentielles : typiquement parisien, chaleureux et bon marché… La veille encore, les recherches allaient bon train quand Véronique eut une illumination soudaine ! « Et si on allait chez Chartier ? »

TOUS AU BOUILLON !

Fabienne connaissait déjà, mais pas Aurélie ni Anne. Ce déjeuner serait donc l’occasion de leur faire découvrir ce haut lieu de parisianisme populaire. Car des bouillons, au début du XXème siècle, il y en avait plus de 250 dans la capitale ! Les ouvriers, les petits employés, les forts des Halles s’y nourrissaient chaque jour.

Le père de Véronique l’y emmenait, petite. C’est lui qui disait « chez Chartier » mais en réalité, ils en fréquentaient plusieurs, tous dans le même style à la fois simple et Belle Époque. Notre Croqueuse se souvient surtout de deux d’entre eux. Le premier, qui se situait à l’étage d’un immeuble rue de Richelieu, semble avoir fermé. Le second, rue du Commerce dans le 15ème arrondissement, existe encore :  il s’est modernisé – embourgeoisé aussi sans doute…

Celui-ci, le vrai Bouillon Chartier, reste authentique, avec son potage de légumes à 1€ ou ses desserts tous entre 2,60 et 4€ – dont les fameux chou et baba au rhum couverts de Chantilly qui feront craquer (et croquer) Aurélie et Fabienne !

UNE INSTITUTION

Mais d’abord, il faut s’ouvrir l’appétit : nous nous offrons une longue balade à travers le dédale des passages couverts. Le quartier en est plein et c’est toujours un grand bonheur de les parcourir en décembre, quand ils se préparent pour les fêtes et se parent de guirlandes.

Quelques minutes avant l’ouverture, Les Croqueuses rejoignent la file d’attente qui s’est déjà formée dans la cour, devant l’entrée du restaurant… Que dis-je ? De cette institution, fondée par les deux frères Chartier en 1896 ! Il y a la queue, oui. Car les 325 places assises de l’immense salle – une ancienne cour intérieure couverte par une verrière et aujourd’hui classée « Monuments Historiques » – sont fort courues aux heures de pointe !

Lorsque les portes s’ouvrent, nous faisons en sorte d’être placées au fond afin d’avoir une belle vue. Sympa, la perspective et les miroirs immenses tout autour de la salle ! C’est ainsi que Max deviendra « notre » serveur : vif, souriant, sympathique, efficace… celui-ci nous mettra tellement à l’aise que nous resterons assises à cette même table cinq heures durant – oui oui, vous avez bien lu ! Le temps de tout bien croquer, tranquilles, à tous les sens du terme.

DES CONVERSATIONS

Et puis, comme souvent à Paris – si si, détrompez-vous ! – dans ce genre d’endroit convivial, la conversation s’engage entre voisins de table..

La dame placée à la gauche de Véronique, s’apercevant qu’elle figure en gros plan sur son dessin, lui confie son prénom et la raison de sa présence ici aujourd’hui : Sophie est venue, avec son mari, parce que c’est son anniversaire et qu’elle adore ce restaurant. C’est un déjeuner de fête, mais en toute discrétion, sans bougie ni gâteau, juste comme ça – un petit rituel de « vieux » Parisiens.

De l’autre côté de l’allée, on célèbre autre chose. Le costume d’un des clients nous intrigue beaucoup, avec son gilet noir, ses bas blancs, son jabot et ses manches en dentelles. Serait-ce un comédien ? Travaille-t-il au Musée Grévin, situé juste à côté ? Eh bien, pas du tout : il s’agit d’un Notaire qui vient de prêter serment !

L’après-midi a passé vite, dans cette atmosphère si particulière… un pur bonheur. Max aura bientôt fini son service et la relève est arrivée : sa collègue (et amie) Virginie vient d’enfiler son grand tablier. L’addition griffonnée sur la nappe, nous leur offrons en guise de pourboire nos petits cadeaux de Noël (cartes postales et badges) et promettons de revenir. Leurs deux beaux sourires nous font très plaisirs. Depuis, Aurélie a tenu promesse – pas moins de quatre fois ! – y amenant moult copines et famille de passage, tous conquis par l’ambiance, le ballet des serveurs, le décor et le rapport qualité-prix.

Alors… et vous qui nous lisez, irez-vous à votre tour ? Si oui, soyez choux, saluez Max ou Virginie pour nous !

{ Infos Pratiques }

Le Bouillon Chartier est au n°7 de la rue du Faubourg Montmartre, Paris 9ème. Métro Grands Boulevards. Il est ou­vert tous les jours de 11h30 à minuit. (Pas de réservation.)

 

Paris est un Jardin tropical

Sans doute connaissez-vous le Bois de Vincennes – l’autre poumon vert de Paris, le pendant du Bois de Boulogne côté Est de la capitale. On y va pour le Zoo, le Parc Floral ou encore l’Hippodrome… mais savez-vous qu’on peut aussi s’y perdre dans une petite « jungle » où d’anciens pavillons exotiques semblent s’être peu à peu figés sous la mousse ? Venez, nous allons visiter le Jardin d’Agronomie Tropicale de Paris.

DUR PASSÉ

Lieu de promenade ouvert à tous à la pointe la plus orientale du Bois, l’endroit porte la marque d’une histoire plutôt lourde – un passé en forme de passif… Créé à la fin du XIXe siècle pour étudier les plantes cultivables Outre-mer, le jardin fut en effet choisi en 1907 pour accueillir la première Exposition coloniale organisée à Paris.

On le divise alors en deux parties principales, africaine et asiatique, de part et d’autre de l’allée centrale. Des pavillons sont construits qui demeurent aujourd’hui, parfois en très mauvais état ; d’autres ont été détruits. Des villages traditionnels congolais, indochinois, malgache et kanak y sont reconstitués, ainsi qu’une ferme soudanaise et un campement touareg. Des « autochtones » y tiennent leur propre rôle pour le public français en quête d’exotisme. On n’est pas loin du « zoo humain »… Et c’est un gros succès : de mai à octobre, deux millions de visiteurs viendront voir à quoi ressemble la vie « aux colonies ». D’ailleurs, l’idée n’est pas seulement d’en montrer un aperçu, mais bien de faire envie. Car à l’époque, on manque de cadres administratifs et l’État espère, par cette opération, recruter des volontaires pour partir s’installer là-bas.

Quelques éléments sont antérieurs à 1907. Ainsi les serres des deux marques de chocolat et de café Menier et Hamel furent-elles remontées au Jardin d’agronomie tropicale à l’issue de l’Exposition universelle de 1900. Tout comme le fut la porte chinoise en bois rouge après l’Exposition universelle de 1906, où elle était exposée sous la verrière du Grand Palais. D’autres monuments, notamment mémoriels, sont au contraire plus récents – par exemple, le stûpa dédié aux soldats cambodgiens et laotiens morts pour la France. Car le lieu porte aussi l’empreinte de la Première guerre mondiale, durant laquelle fut installé dans le Jardin l’hôpital des troupes coloniales… Si le sujet vous intéresse, nous vous conseillons ce superbe documentaire signé Françoise Poulin Jacob.

VERT L’AVENIR

Mais ce lieu de mémoire, hanté par la guerre et la colonisation, porte aussi le beau nom de René Dumont, premier penseur français de l’écologie politique. Et on y travaille à l’avenir, avec les CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) et CIRAD (Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement)…

Mais le présent est bien là, lui aussi. Grâce, notamment, à l‘association V’île Fertile. Ses ambitions sont plus locales : micro-ferme maraîchère associative, elle produit des légumes frais, sains et décarbonés, en tirant partie des ressources organiques de la ville pour les vendre au détail, sur place.

Vous le savez, Les Croqueuses vivent au présent elles aussi, bien décidées à profiter de ces instants d’amitié partagée – crayons, pinceaux et carnets à la main. Alors, ce matin-là, nous avons traversé le Bois de Vincennes ensemble, croisé les oies bernaches et la police montée, poussé la petite porte verte du Jardin d’Agronomie Tropicale et nous sommes laissées avaler par cette fausse « jungle » pleine de fantômes et de jolies surprises…

CARPE DIEM

Qui penserait voir, ici, à Paris, des couples de perroquets verts s’envoler de branches en branches ? Alors que nous traversons le jardin en quête d’un endroit propice au dessin, notre Croqueuse Véronique soudain s’arrête et nous montrent les feuillages, surexcitée. « Promis, je vous jure, c’était des perroquets verts ! Je les ai reconnus, j’en ai vus l’année dernière au Sri Lanka ! » Hum. Les trois autres Croqueuses, il faut l’avouer, restent songeuses. Voire perplexes. Il fait très chaud – et lourd, et moite – ce jour-là. Elles n’osent pas proposer à Véronique de se tenir à l’ombre et de boire un peu d’eau fraîche… quand tout-à-coup, un bruissement dans les arbres attire l’attention d’Aurélie. « Je les ai vus aussi ! C’est dingue ! Ils sont magnifiques ! » Ouf, Véronique se sent moins seule.

Quelques pas plus loin, l’endroit propice est trouvé. L’esplanade du Dinh vietnamien nous accueille avec son joli mur de briques et son urne funéraire en bronze, semblable paraît-il à celles du Palais Impérial de Hué. En face, une pagode rouge, qui tranche avec le vert vif des bambous. Et au milieu, un escalier flanqué de deux gros dragons pas commodes. Voilà, on y est. L’inspiration est là. On s’assoit et on croque, dans une quiétude tropicale intense, jusqu’à totale inanition… sans oublier de faire, évidemment, quelques pitreries pour la galerie !

{ Infos Pratiques }

Le Jardin d’Agronomie Tropicale est au n°45 bis de l’avenue de la Belle-Gabrielle, Paris 12ème. RER Nogent sur Marne (ligne A – direction Boissy-Saint-Léger / La Varenne) puis 10 minutes à pied. Il est ou­vert tous les jours à partir de 9h30 ; l’heure de fermeture dépend des saisons…

Exposition Chefs-d’œuvre ! { Musée Picasso }

Courant novembre, Les Croqueuses de Paris étaient invitées par le Musée Picasso à l’exposition Chefs-d’œuvre ! Comme pour Guernica, Aurélie et Véronique ont aussitôt répondu présent : la première lors d’une soirée privée avec la commissaire, la seconde en allant y « croquer » au milieu du public.

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Comment le reconnaît-on ? Est-ce une révélation unique et immédiate ou cela se construit-il en plusieurs étapes, au fil du temps ? C’est cette énigme passionnante – posée comme en prolongement de l’exposition précédente sur le « cas Guernica » – que ce tout nouvel accrochage nous invite à (tenter de) résoudre.

Évidemment, pour Picasso, la question se pose d’autant plus que son œuvre est prolifique – certains n’ont pas manqué de le lui reprocher, d’ailleurs ! – et qu’il a pratiqué de très nombreuses techniques : peinture et dessin bien sûr, mais aussi gravure et sculpture.  (Et quelle grâce, quelle émotion, ses petits papiers déchirés, si fragiles et légers…) La quête d’une réponse est donc pour le visiteur l’occasion de revoir ou de découvrir différents aspects de cette œuvre exceptionnelle, multiple et généreuse, témoignant d’une vie entière de recherche consacrée à la création – peut-être son ultime chef-d’œuvre ?

Au cours de sa visite, Aurélie croquera des visages – notamment celui de Dora Maar, d’après le portrait qu’elle adore – tandis qu’Esmeralda posera sagement devant Véronique… Cette dernière ira ensuite, à l’étage, admirer la superbe collection personnelle de Picasso : des choix qui éclairent bien évidemment son œuvre !

Véronique testera aussi la terrasse du café, très agréable sous ce doux soleil de novembre. Puis, en sortant, elle poussera la porte de la boutique du musée, située sur le trottoir d’en face, et sera très heureuse (et fière !) d’y trouver son album Les Trois Musiciens en deux versions, française et anglaise – classe, non ? ;-)

Encore un grand merci au Musée Picasso pour sa fidélité : d’exposition en exposition, Les Croqueuses redécouvrent sans cesse le travail de ce grand artiste sous de nouveaux jours, passionnants… Chers lecteurs, n’hésitez pas à faire de même !

Un Musée à Montmartre

De toutes Les Croqueuses, seule Anne – la plus provinciale d’entre nous, n’ayant jamais habité à Paris – était déjà venue au Musée de Montmartre. L’erreur fut réparée en septembre, avec bonheur. Renoir, Bernard, Dufy, Camoin, Valadon, Utrillo… tous ont séjourné ou vécu ici. Et y ont travaillé. En matière de beaux lieux, les artistes se trompent rarement !

LES JARDINS

Oui, on peut employer le pluriel, car l’espace extérieur du musée se partage en plusieurs lieux distincts. Depuis la rue Cortot, on ne devine pas que tout ce vert est caché derrière la façade. Ces jardins sont reliés entre eux par différents passages – longue allée couverte de roses et de coings, portes ouvertes dans de vieux murs ou volées d’escaliers plongeant dans la verdure. Le plus vaste accueille, autour des nénuphars, les tables du Café Renoir. C’est là, dans ce jardin, qu’a été peint La balançoire. Plus bas, la vue embrasse généreusement le quartier, les vignes du Clos Montmartre et le Lapin Agile. On aperçoit le cimetière Saint-Vincent – où sont enterrés les peintres Utrillo et Boudin, les affichistes Steinlen et Chéret, les écrivains Roland Dorgelès et Marcel Aymé, ainsi que Marcel Carné.

Il fait si bon dehors, deux des Croqueuses s’y installent pour dessiner. Anne croque la façade arrière du musée ; Fabienne, l’atelier de Suzanne vu depuis la terrasse du café. Véronique poursuit la visite…

LE MUSÉE

C’est la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Montmartre, créée en 1886, qui peu à peu a constitué un fonds d’œuvres très important – peintures, sculptures, affiches, dessins, lithographies, photographies… L’ensemble raconte, de manière assez vivante, l’histoire de ce quartier emblématique. Populaire, créatif, révolté. En un mot, bouillonnant !

L’évocation des danseuses de cancan et celle du café, avec son superbe zinc, sont particulièrement réussies. Celle du cabaret Le Chat Noir aussi. On y découvre une pure merveille : douze décors du fameux théâtre d’ombres d’Henri Rivière – dont Véronique est une grande admiratrice. Créé en 1960, le musée fut repensé en 2011 sous la houlette de la société Kleber-Rossillon, globalement plus spécialisée dans les parcs et les châteaux médiévaux. Le résultat est vraiment séduisant, sans tape-à-l’œil attrape-touristes. Pardon, mais… à Montmartre, tout Parisien se méfie !

CHEZ SUZANNE ET MAURICE

La reconstitution de l’atelier-appartement que Suzanne Valadon partageait avec son fils, Maurice Utrillo, est à ce titre exemplaire. Confiée à Hubert Le Gall, elle nous emmène doucement dans une autre époque. Dans une intimité simplement évoquée. Dès l’entrée, les Croqueuses avançaient sur la pointe des pieds comme si Suzanne, remontant soudain l’escalier, allait nous surprendre chez elle. Après avoir (un peu) hésité avec le beau zinc du musée, Véronique choisira de dessiner l’atelier. Pour l’espace, pour la lumière… et surtout l’émotion.

Y serez-vous sensibles, vous aussi ? Venez, si vous le pouvez, un matin de semaine et prenez le temps d’y flâner. Le portable éteint au fond du sac, laissez-vous séduire par l’atmosphère, si particulière, du Montmartre de 1900. Petit conseil de Croqueuses : en Métro, prenez la ligne 12 et descendez à Lamarck-Caulaincourt. Vous éviterez le plus gros des troupes de touristes et profiterez de jolies rues, moins fréquentées qu’autour de la place du Tertre. (De rien !)

{ Infos Pratiques }

Le Musée de Montmartre est au n°12 de la rue Cortot, Paris 18ème. Métro Lamarck-Caulaincourt ou Anvers (puis funiculaire de Montmartre). Il est ou­vert tous les jours de 10h à 19h d’avril à septembre et de 10h à 18h d’octobre à mars.

Le Café Renoir, lui, vous accueille du mercredi au dimanche de 12h15 à 17h d’octobre à avril. Mais à partir du 1er mai, il est ouvert tous les jours de 12h15 à 18h.

À Paris comme à Mexico

Ce midi, Les Croqueuses vous emmènent au Mexique ! Pas le temps ? Pas les sous ? Mais si ! Nous n’irons pas plus loin que la rue Dante, dans le 5ème arrondissement et Mexi & Co fait partie des « petites tables » à 10,00 € – dépaysement compris. Vous allez adorer !

Une fois n’est pas coutume, l’article sera court. Les images parlent d’elles-mêmes, non ? Couleurs vives et chatoyantes, fresques naïves signées Julian Burgos, guirlandes, guitare et paniers pendus au plafond, fleurs fraîches et vaisselle de récup’, quesadilla et burritos, épicerie et restaurant… Voilà, c’est ça, Mexi & Co !

Carmen se démène en cuisine – tout est fait maison ici, même les chips de maïs – et sert aussi vite qu’elle le peut, sans se prendre la tête. Depuis le temps, pas la peine de se mettre la rate au court-bouillon ! Ce restaurant a fait ses preuves et fêtera ses 30 ans l’an prochain. C’est une belle aventure qui dure. Avec le même propriétaire colombien et une autre enseigne, quasi jumelle, à quelques pas : El Sol y la Luna. Tranquille, quoi. D’ailleurs, quand le coup de feu est passé, Carmen se pose un peu. Elle remonte le volume de la musique (assortie au décor) et nous laisse carte blanche pour dessiner… jusqu’au soir si on veut. ¡ Gracias y viva Mexi & Co !

{ Infos Pratiques }

Le Mexi & Co est au n°10 de la rue Dante, Paris 5ème. Métro Saint-Michel ou Cluny-La Sorbonne. Il est ouvert tous les jours de 12h00 à 23h00.

♪♫ Si par hasard… ♫♪

Quel meilleur point de vue sur le Pont Neuf que depuis son joli voisin, celui des Arts ? Un pont d’autant plus agréable qu’il est piéton. Oh ! Mais alors, il s’agit plutôt d’une voisine : une « passerelle » précisément. Saviez-vous que celle-ci ne date que de 1984 ? Certes, ses architectes ont repris le plan de la précédente, construite en 1803, mais en réduisant le nombre des arches et usant de matériaux différents. Adieu la pierre, adieu le fer… et vive le béton et l’acier !

UNE VIE DE PONT

Il faut dire qu’à Paris, la vie d’un pont n’est pas de tout repos. Si la première passerelle des Arts a été démolie, c’est qu’elle avait été dangereusement fragilisée. D’abord par les bombardements des Première et Seconde Guerres mondiales. Puis par trois collisions de bateaux, entre 1961 et 1979. Pourtant, bien que le contexte ait évolué vers une ambiance générale plus sereine, le nouveau Pont des Arts n’en a pas moins risqué d’autres dommages…

En 2008, l’idée vient en effet aux amoureux du monde entier – on sait comment ! – de sceller leur union en accrochant un cadenas aux grilles du pont, avant de lancer la clé dans les eaux du fleuve. (Oh là là, quel romantisme !) Cette pratique a duré plusieurs années sans qu’on s’en soucie, mais quand l’un des grillages a cédé sous le poids de « l’amour » il a fallu trouver une solution. C’est ainsi qu’un nouveau matériau a fait son entrée sur le pont : le verre.

TOUJOURS DESSUS !

Bon, de toutes façons, pour Les Croqueuses, le matériau idéal restera toujours le papier ! Donc, en ce début d’après-midi chaud et ensoleillé, nous nous installons face au Pont Neuf et ouvrons nos carnets. Pour une fois, nous avons décidé de venir sans notre caméra. Il faut dire qu’après deux jours de No Mad Festival – génial mais intense – nous avons besoin d’une sortie tranquille, juste pour profiter du plaisir d’être ensemble dans « la plus belle ville du monde » et de la dessiner. Mais ça… c’était avant de croiser Klaus, le serial YouTubeur du Pont des Arts, qui fera de nous ses vedettes d’un jour !

Car nous ne le savions pas mais depuis des années, Claude vient quotidiennement sur ce pont et filme ce qui s’y passe d’intéressant, de drôle ou d’étonnant. Peintres, musiciens, sportifs, amoureux, passants, touristes et farceurs de tout poil… c’est simple, en vous baladant sur sa chaîne, vous croiserez le monde entier. Aucun doute, ce retraité bien facétieux fait partie, comme nous, de la G.C.C.G. – la Grande Confrérie des Curieux Généreux, ceux qui sont à l’affût des petits bonheurs de la vi(ll)e et aiment à les partager gratuitement autour d’eux ! (Merci !)

LE PONT DES SOURIRES

Ce jour-là d’ailleurs, Les Croqueuses ont eu droit à une double dose de rencontres. Car après le passage de Claude, nous ferons la connaissance d’un jeune carnettiste en herbe : Andrew, 8 ans, venu des États-Unis découvrir Paris avec ses parents. Nous voyant dessiner, il a ouvert son sac, sorti son bloc et s’est mis au travail. Une fois son dessin terminé, il a très gentiment accepté de poser pour nous – un joli « sourire du lundi » ! – et beaucoup apprécié notre badge en retour. Bye, Andrew! Have a nice stay in Paris!

Et puis… longue vie au Pont des Arts, qui rime avec hasard et porte bien son nom !

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À Paris comme à Tokyo

Vous rêvez d’un voyage au Japon… mais vous n’avez pas les sous pour le billet d’avion ? Ou bien vous y avez vécu et la nostalgie vous tombe dessus, de temps en temps ? Pas de souci. Une fois de plus, Les Croqueuses ont la solution : rendez-vous chez Kodawari Ramen, dans le 6ème arrondissement !

C’EST BEAU / それは美しいです!

Pour ne rien vous cacher, c’est sur Instagram que nous les avons repérés. L’endroit est si photogénique ! (Tellement que nous avions presque peur d’être déçues.) Pourtant, bien qu’averties, nous sommes cueillies par l’ambiance dès l’entrée. En japonais paraît-il, kodawari signifie « qui a le souci du détail ». Si c’est exact, le nom fait sens. Vraiment. Car ici, tout est raccord. Visuel, sonore même, le décor vous attrape et vous embarque, direct, dans son histoire. Le plus fort, c’est que chaque nouveau convive – nous, vous bientôt ! – y tient un rôle : celui du gourmet en vadrouille, qui se faufile dans les ruelles de Tokyo, la nuit tombée, en quête de la meilleure soupe de nouilles. Et, à l’étage, un intérieur d’auberge traditionnelle vous propose encore une autre atmosphère…

C’EST BON / それは良いです!

Le risque, évidemment, avec ce genre de lieu où tout a été tellement bien pensé pour les yeux, c’est que la bouche, elle, soit en reste. Il n’en est rien. Les trois Croqueuses présentes ont choisi des ramens différents : classique, léger ou de saison… tous ont fait l’objet de superlatifs. Véronique, en particulier, qui aime la cuisine « relevée », a beaucoup apprécié la toute nouvelle recette de ramen végétarien au curry vert, à la fois subtile et puissante. Anne a découvert avec délice les œufs marinés au soja. Et Aurélie a craqué sur le bouillon, vraiment très savoureux.

Vous l’aurez compris, du contenu de l’assiette à l’ambiance autour, Jean-Baptiste et Fleur Meusnier n’ont rien laissé au hasard. Ils en sont, aujourd’hui, fort justement récompensés – par des Palmes, et surtout une affluence record ! Nous avons eu la bonne idée, ce jour-là, de traîner dans les rues avant pour nous présenter en toute fin de service. Ensuite, nous nous sommes faites toutes petites, passant des baguettes aux crayons sans trop gêner le ménage et la mise en place du soir… Merci Kodawari ! 我々は戻ってくる!(« Nous reviendrons ! ») 

{ Infos Pratiques }

Le Kodawari Ramen est au n°29 de la rue Mazarine, Paris 6ème. Métro Mabillon ou Odéon. Il est ouvert tous les jours de 12h00 à 14h30 puis de 18h30 à 22h30 – 23h00 les vendredis et samedis.

Une Plage à Paris

En ce mois d’août caniculaire, tous les Parisiens qui le peuvent ont déserté la capitale. Fidèles à notre promesse, nous avions lancé – comme l’an dernier – une invitation publique à venir « croquer » avec nous… mais cette fois personne n’est là. D’ailleurs, deux des Croqueuses elles-mêmes manquent à l’appel – un comble ! Nos messageries sont inondées de petits mots d’excuses… « Trop dommage ! » « La prochaine fois, j’espère ! » Bref, le jour J, Anne et Véronique sont donc allées au rendez-vous sans grand espoir.

Pourtant, dès la sortie du Métro Pont-Marie, devant les bouquinistes et leur drôle de jardin, voilà qu’une jeune femme souriante nous aborde. « Est-ce que vous êtes Les Croqueuses de Paris ? » Elle se présente : Béatrice, de retour après trois années passées à New-York et spécialisée dans l’événementiel culturel. Pour elle, ce rendez-vous est l’occasion de se replonger dans le bain et de tisser de nouveaux liens tout en reprenant le dessin… Alors, c’est parti ! Nous descendons sur le quai et sortons nos carnets.

Face aux deux îles – Saint-Louis et de la Cité, quel panorama ! – la plage est tranquille. Nous choisissons de nous installer sous de grands parasols. De jolies tables colorées nous y attendent, qui sont aussi des plateaux d’échecs, de dames, de petits chevaux, de jeu de l’oie… Les animateurs nous laisserons les squatter sans problème jusqu’à l’arrivée d’un groupe d’enfants venus jouer dessus. Ce sera simplement le signe qu’il est l’heure de poser nos crayons pour aller prendre un verre à la terrasse des Nautes !

Le rendez-vous Crocœurs 2018 aura été différent du premier. Plus confidentiel, plus intime, avec du temps pour bavarder art et voyages, il nous aura permis de découvrir le beau projet de Béatrice : Paint Away Tours, sa toute jeune entreprise, à suivre absolument… Bon vent à elle !

Un Café AAAAA !

Tout près de la Gare de l’Est, se cache un grand café Avec terrasse – Assurément l’une des plus Agréables de la capitale ! Pas de façade sur la rue, pas d’enseigne non plus… il ne se découvre qu’aux Audacieux, les Aventuriers du bitume, osant Allègrement franchir les grilles de cet Ancien couvent : Les Récollets. Aujourd’hui Centre d’Art, lieu de résidences et d’expositions, il abrite également la Maison de l’Architecture.

Mais, revenons À cette superbe terrasse. De mi-juin à mi-septembre, investie par le Plazza Havana Club, elle se donne des Airs de ruelles cubaines. Soirées, concerts… l’Animation bat son plein tout l’été. Dans la journée, c’est plus tranquille. Anne, la Croqueuse qui arrive par la gare de l’Est, connaît bien cet endroit. Chaque fois qu’elle est un peu en Avance, elle vient y Attendre son train À l’Abri de l’Agitation parisienne. Elle A gentiment Accepté de partager ce petit secret Avec nous.

Alors, oui ! Ce Café A, Aux couleurs de Cuba, est un lieu idéal À croquer Au crayon… mais, côté fourchette, il se défend Aussi très bien ! Sur cette carte, Anne et Véronique ont testé la joue de veau braisée À la tomate et le Poke Bowl de saumon cru : deux Assiettes Absolument savoureuses. « Et en dessert ? » Le sourire de Lucie, serveuse Adorable et Apprentie Artiste, que nos deux Croqueuses Attraperont pour Agrandir leur jolie collection – un sourire AAAAA, lui aussi ! ;-)

 

{ Infos Pratiques }

Le Café A est au n°148 de la rue du Faubourg Saint-Martin, Paris 10ème. Métro Gare de l’Est. Il est ouvert tous les jours de 10h00 à 02h00.

Une île en île-de-France…

Ce n’est ni Belle-île-en-Mer, ni Marie-Galante. Encore moins Singapour ou Ceylan. Mais… vous allez voir, l’île Nancy, c’est très bien aussi !

SORTIE NATURE ?

Chers lecteurs, êtes-vous plutôt comme nos deux Croqueuses provinciales, Anne et Fabienne, qui aiment les balades au grand air? Les lieux sans voiture, à 100% piétons ? Où l’on peut marcher à sa guise, le nez en l’air dans la verdure, sans même risquer de heurter un vélo ? Vous rêvez de berges au bord de l’eau? De passe à poissons ? De chemins frais dans les sous-bois ? De grandes pelouses où l’on peut pique-niquer, en famille, avec les oies bernaches ? Le tout à 30 minutes de Paris ? Ne cherchez plus, ce petit Paradis existe: c’est l’île Nancy, à Andrésy (78) !

SORTIE CULTURE !

Oh non, pas du tout. Vous, vous êtes du genre des deux autres Croqueuses, Véronique et Aurélie, à toujours courir les expositions! À vouloir découvrir de nouvelles œuvres d’art, parfois venues de loin, qui vous envoûtent, vous émerveillent, vous interrogent ou vous surprennent… À aimer vous confronter au travail d’artistes d’aujourd’hui – Francine Garnier, Liu Hsiang-Lan, Kambach, Philippe CusseSylvie Verhée, Sui Lin Leung, Zsuzsa Farkas – comme à celui des enfants, s’emparant des mêmes thématiques, pour créer à leur tour. Eh bien, ne cherchez plus non plus : cela s’appelle « Sculptures en l’île » et se situe au même endroit !

UNE JOLIE PARENTHÈSE…

Vous l’aurez compris, cette île a tout pour plaire. L‘exposition est riche et mérite que l’on s’y plonge. Certaines œuvres, très poétiques, invitent à la rêverie, la réflexion, la déambulation… et au croquis, bien sûr. Pour parfaire la visite, vous pouvez lire le catalogue (disponible sur place) et n’êtes pas obligé de faire les clowns façon Croqueuses (cf. la vidéo) !

Vous n’avez pas pensé à prendre un pique-nique ? Génial ! C’est le prétexte idéal pour goûter aux frites du « Kiosque » – vraiment bonnes. Vous n’avez pas non plus prévu de lecture pour la sieste ? Pas de problème ! Isabelle et Catherine, les bibliothécaires, viennent régulièrement garnir les petites cabanes à lire colorées qui bordent la pelouse. Vous préférez faire une petite marche digestive ? Le « Treck’île » vous attend !

Bref, curieux de nature et gourmands de culture, vous avez rendez-vous sur l’île Nancy. Celle-ci est accessible du mercredi au dimanche de 10h à 19h. Si vous aimez vous poser, sachez qu’il est tout à fait possible d’y passer une journée entière sans s’ennuyer ! (Petit détail pratique : des toilettes sont à la disposition du public, derrière « Le Kiosque » mais sans obligation de consommation.) En un mot, c’est une jolie parenthèse à s’offrir. Elle s’ouvre sur les quais de la Gare Saint-Lazare, avec la première sculpture de l’exposition. Après la ligne J, Les Croqueuses de Paris ont adoré prendre le bateau (gratuit) à l’embarcadère. S’il est sur l’autre rive, un petit signe de la main et il arrive.

…PRESQUE SECRÈTE !

L’une des Croqueuses connaît bien l’île Nancy : elle ne vit pas très loin et y va régulièrement. « L’île est si agréable, dit-elle, si surprenante quand on vient de Paris – ou de plus loin – avec des idées toutes faites sur la banlieue ! C’est le genre d’endroit qui provoque, chez moi, deux réactions totalement contradictoires : je meurs d’envie de le partager… tout en espérant qu’il reste secret, pour mieux en profiter. »

Trop tard ! ;-)

Des blinis à Paris  { Café Pouchkine }

Un matin d’hiver, Les Croqueuses de Paris se sont donné rendez-vous Métro Madeleine, pour un petit-déjeuner au Café Pouchkine. Ouvert depuis trois mois, celui-ci fait déjà figure de temple du « luxe abordable » dédié tout entier à la gastronomie russe… mais saviez-vous qu’il est né d’une chanson française des années 60 ?

Elle parlait en phrases sobres / De la révolution d’octobre
Je pensais déjà / Qu’après le tombeau de Lénine
On irait au café Pouchkine / Boire un chocolat

Pierre Delanoë pour Gilbert Bécaud

DOUBLE HOMMAGE

Très populaire, en Russie comme en France, Nathalie incita Moscovites et visiteurs à chercher ce fameux café. Or il n’existait pas : c’était une invention pour les besoins de la chanson ! C’est seulement trente-cinq plus tard, en 1999, que le premier Café Pouchkine ouvre à Moscou – en référence à Nathalie, bien sûr, mais aussi et surtout à l’occasion du bicentenaire de l’écrivain russe Alexandre Pouchkine (1799-1837). Qui donc a eu cette idée de génie ? Andrey Dellos, un homme au parcours étonnant.

COMME UN ÉCRIN

Dès l’entrée, Les Croqueuses apprécient l’ambiance, douce et raffinée. L’endroit est idéal : un immeuble haussmannien en angle, situé sur une place dégagée. La lumière un peu blanche de l’hiver y entre généreusement, adoucie cependant par l’effet d’un éclairage intérieur plus intimiste, presque doré. Chacun des quatre salons (le Bar Pouchkine et le Salon Catherine II au rez­-de­-chaussée, le Salon Pavlovsk au premier étage et le Salon Madeleine au deuxième) a été décoré avec soin et c’est un plaisir de s’y promener en quête de place. Nous montons l’escalier, splendide, et nous installons au premier étage, face à la cheminée en pierre dure de l’Oural. Près de nous, un tout jeune antiquaire s’entretient avec un collectionneur. Un peu plus loin, c’est un critique gastronomique étranger qui mène la conversation. Le cadre est posé. Les Croqueuses s’y glissent en douceur…

« On déposera en entrant ses titres et son rang, de même que son chapeau et son épée » prévoyait le règlement du Palais de l’Ermitage édicté par Catherine II et cité sur la carte des petits-déjeuners. Cela tombe bien, nous n’avons rien de tout cela ! (Même Aurélie, qui pour une fois est venue tête nue.)

MARIAGE FRANCO-RUSSE ?

Comme souvent dans pareille situation, Les Croqueuses ont le plus grand mal à se décider. Tout est très tentant, des œufs Bénédicte jusqu’au saumon de la Baltique, en passant par le syrniki, les crêpes Suzette, le koulitch et les pancakes. En réalité, c’est plus qu’un mariage franco-russe… Il s’agirait plutôt d’une vaste alliance Est-Ouest ! Finalement, nous goûterons les blinis au tarama, les petites crêpes de millet à la russe et les mini viennoiseries dont le bostock, cette petite brioche au lait d’amandes et myrtilles. Le tout accompagné d’excellents thés : Noir Earl Grey aux pétales de bleuets pour Aurélie, Vert Yuzu Framboise pour Fabienne et Blanc de Chine aux pétales de rose pour Véronique.

Et, comme souvent, la suite ressemblera un peu à une valse, ou peut-être une course, entre croquis et gourmandise. Dommage que les théières ne gardent pas la chaleur plus longtemps. Cependant, le thé parfumé savamment dosé, même refroidi, a gardé finesse et saveur… Quant au reste, il a été croqué – à tous les sens de terme – avec délice !

MERCI POUCHKINE !

Hélas, le temps passe vite lorsque nous sommes entre Croqueuses… surtout dans ce genre d’endroit ! – et deux rendez-vous de travail nous attendait plus loin. Nous somme parties à regret, sans oublier d’aller jeter un œil à la boutique, où la haute-pâtisserie est reine. Nous y sommes restées sages, nous contentant de prendre quelques photographies sous le regard amusé des vendeuses – merci à elles ! D’ailleurs, Les Croqueuses remercient toute l’équipe du Café Pouchkine pour son accueil aimable et généreux. Nous reviendrons, c’est sûr. Et sans doute bien moins sages : il nous reste tant à découvrir encore de la cuisine russe ! Cпасибо!

 

{ Infos Pratiques }

Le Café Pouchkine place de la Madeleine est ouvert tous les jours jusqu’à 22h30. Du lundi au samedi à partir de 7h30, le dimanche à partir de 10h00.

Une écurie à Versailles

Plein hiver. Paris courbe l’échine sous un ciel de spleen à la Baudelaire, tandis que son célèbre Zouave prend l’eau des postérieurs quasi jusqu’à la croupe. Il est l’heure, pour Les Croqueuses, de franchir les limites du manège parisien pour faire galoper nos crayons plus loin… c’est-à-dire à Versailles, dans la Grande Écurie qui fait face au Château. Nous sommes invitées par l’Académie équestre de Bartabas et allons dessiner, toute la journée, les répétitions du spectacle La Voie de l’Écuyer !

En 2003, quand Bartabas invente l’Académie, son ambition est de former un corps de ballet équestre ouvert à d’autres disciplines – l’escrime, le Kyudo (tir à l’arc traditionnel japonais) ou le chant, par exemple – dans une double dynamique de transmission et création. C’est pourquoi La Voie de l’Écuyer, spectacle de répertoire, évolue continuellement : il est sans cesse refaçonné par les talents multiples et la personnalité unique de chaque cheval et de chaque écuyer, tous engagés dans un perfectionnement quotidien.

Car l’Académie est avant tout une école : elle recrute chaque année deux élèves. (La troupe, au total, compte une douzaine d’écuyers.) Les candidats doivent être titulaires au minimum d’un Galop 7 pour postuler, mais également montrer de l’intérêt pour d’autres arts – musique, danse, théâtre… Les chevaux, eux, sont plus nombreux : ils occupent une quarantaine de boxes dans la Grande Écurie. Cette année, Lusitaniens et Sorraïas ont pris le relais des Argentins au manège, imposant d’autres manières de travailler.

Par ailleurs, l’Académie monte chaque année une création en compagnie de grands artistes – ainsi Philip Glass en 2008, Carolyn Carlson en 2011 ou Marc Minkowski en 2017, avec le splendide Requiem de Mozart donné à Salzburg. Et en 2018 ? Oui, Les Croqueuses savent ce qui se prépare en coulisses… mais, pour l’instant, nous sommes tenues au « secret professionnel » ! (En revanche, nous pouvons vous le dire : ça promet d’être génial !)

Bon, mais… cessons de tourner autour du pot. Après l’accueil chaleureux et la visite exhaustive des lieux – un grand merci à Cécile Berthelot, administratrice de l’Académie ! – nous allons devoir sortir nos crayons et dessiner ces chevaux magnifiques ! Les Croqueuses auraient-elles le trac ? Vous en avez de bonnes : c’est que ça bouge, ces grosses bêtes-là ! Sans parler du décor, ce manège conçu comme un écrin par Patrick Bouchain, avec ses miroirs immenses multipliant allégrement chevaux et cavaliers à l’infini (merci !) et ses somptueux lustres en verre de Murano… Bref, il y a du boulot !

Comme d’habitude, chaque Croqueuse trouvera sa place et son point de vue. Véronique en essaiera même plusieurs. D’abord perchée sur un balcon de bois, elle descendra plus tard dans les gradins. C’est drôle parce que nous avions accès à toute l’Académie, de la sellerie aux splendides écuries en passant par le foyer ou la boutique, mais nous sommes toujours revenues au manège pour y dessiner chevaux et cavaliers au travail : aimantées par le cœur de l’Académie.

Il faut dire que nous aurons la chance d’assister aux cours (dressage, longues-rênes, ensemble…) de plusieurs écuyères titulaires dont Laure Guillaume, coordinatrice artistique et pédagogique – un régal pour Aurélie, notre Croqueuse cavalière et passionnée d’équitation ! Quant à Fabienne, plus familière des vaches que des chevaux, elle se lancera doucement dans une vue d’ensemble avant d’apprivoiser peu à peu l’animal.

Pourtant commencée aux aurores, cette journée a filé à toute allure. Pour une fois, hélas, le temps n’était pas avec nous et nous n’avons pas pu profiter des extérieurs. Accompagner les chevaux lors de leur promenade hebdomadaire dans le Parc du Château… Vous imaginez le rêve ? Alors c’est décidé, nous reviendrons. (Croisons les sabots !) Déjà, pour assister au spectacle – ça, c’est sûr !

Les représentations 2018 viennent de reprendre. Elles se donnent chaque samedi (à 18h) et dimanche (à 15h) durant deux périodes : d’abord de mi-février à mi-août, puis de mi-septembre à fin décembre. Attention, en plein été, l’horaire du dimanche est plus tardif (17h). Par ailleurs, le spectacle a aussi lieu les mercredis des vacances scolaires parisiennes (à 15h) ainsi que les jours fériés. (Le calendrier complet vous attend ici.) Les Trotteuses de Paris vous encouragent à y aller… au grand galop ! ;-)

{ POST-SCRIPTUM }

Pour en apprendre davantage sur la démarche et l’enseignement de l’Académie, Les Croqueuses vous invitent à lire ce beau portait de Laure Guillaume, récemment publié sur L’allée des rendez-vous – un très joli blog culturel concernant Versailles et ses alentours. Enfin, pour parfaire la visite, une autre lecture passionnante : l’article sur l’Académie signé Versailles in my pocket !

Une cabane à Paris

Il neige sur la capitale ? Stop ! Les Croqueuses vous ont trouvé l’adresse idéale : dépaysante, chaleureuse et douillette… la totale ! Alors, chaussez vos skis (ou vos raquettes) et filez tout schuss rue Jean-Baptiste Dumay, perpendiculaire à celle de Belleville, entre les deux stations Jourdain et Pyrénées. C’est au numéro 8 que se tient le Cerwood Terrasse, un café façon cabane canadienne.

Dès l’entrée, nous nous sommes senties accueillies et la suite de la visite n’a pas démenti cette première impression – souvent la bonne, dit-on. Il était tôt. Nous n’avons goûté ni la bière, ni la soupe, ni la pâtisserie… mais tout simplement le café, le chocolat chaud et les jus de fruits frais (pomme, kiwi) à la demande. Nous avons pu les déguster tranquilles, toute la matinée, nous promenant ici et là pour dessiner.

Certes, le feu de bois est faux. (Quoi ? Mais alors… il ne s’agit pas d’une vraie cabane canadienne ? En plein 20ème arrondissement ? Quelle déception ! 😅) Rassurez-vous, le gros canapé devant la cheminée, avec son plaid en polaire toute douce, lui, est vrai ! Ainsi que la gentillesse du service.

Kaïs et Slavik, les serveurs présents ce matin-là, se sont montrés adorables. Ils ont accepté sans problème notre présence parfois un peu envahissante – il faut bien l’avouer ! Slavik nous a confié qu’il dessine également. D’ailleurs, il a participé à la décoration, amusante et soignée, du café. Certains y verront sans doute quelques clins d’œil à l’univers de Game of Thrones, tandis que d’autres se sentiront comme Boucle d’Or entrant chez les Trois Ours. Mais tous apprécieront l’ambiance, dépaysante et chaleureuse.

Vous l’aurez compris, nous avons passé là un excellent moment. Nous vous conseillons cette adresse pour une pause réconfortante entre deux glissades (plus ou moins volontaires) sur le fameux domaine skiable de Paris… Soyez prudents !

{ Infos Pratiques }

Le Cerwood Terrasse est au n°8 de la rue Jean-Baptiste Dumay, Paris 20ème. Métro Jourdain ou Pyrénées. Il est ouvert tous les jours de 8h30 à 21h30.

Un tiki à Paris

« Comment ? Tu ne connais pas Les Grands Voisins ? » « Cet endroit va vous plaire, c’est certain. Mais allez-y vite : il est éphémère ! » « Oh, ce week-end, tu ne devineras jamais : j’ai campé aux Grands Voisins ! C’était trop bien ! » Bref, depuis quelque temps, tout le monde autour de nous en parlait. Or, il n’en faut pas tant pour piquer la curiosité d’une Croqueuse. Une visite chez ces fameux « voisins » s’est rapidement imposée. D’ailleurs, cela tombait bien : nous n’avions jamais croqué ensemble dans le 14ème arrondissement.

Les Grands Voisins, qu’est-ce que c’est ? Plein de choses, différentes et complémentaires : des start up et des associations*, un vrai camping et de l’hébergement d’urgence, de l’activité quotidienne et de l’événementiel, des ateliers d’artistes, une bibliothèque, des ruches, un jardin, une boulangerie, une champignonnière, une brocante, des restaurants…  Et tout cela, dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul transformée en zone piétonne, immense, entre Port-Royal et Denfert-Rochereau. Vous imaginez ? Le rêve, à Paris ! (* Food de Rue ♥ !)

En regardant les photographies ci-dessous, vous comprendrez vite pourquoi tout le monde y va. Et y retourne, encore et encore, pour le faire découvrir à d’autres. D’autant que Les Grands Voisins sont en perpétuelle mutation ! C’est même la raison d’être du projet… puisqu’il s’agit d’accompagner, sur plus de cinq années, la transformation progressive de l’hôpital désaffecté en tout nouveau quartier. Bref, c’est un lieu vivant, étonnant, attachant… qui espère vous faire faire « l’expérience d’autres manières d’habiter la ville ».

C’est simple, une fois entrées au 82 de l’avenue Denfert-Rochereau, Les Croqueuses ne seront plus qu’enthousiasme. Partout – dedans, dehors – mille et un messages nous sont adressés, pleins d’humour ou de saine colère. Nous sommes dans un laboratoire urbain, sur un terrain d’expérimentation sociale, au cœur d’un réacteur humain, là-même où des gens travaillent, pensent, échangent et agissent ensemble pour vivre une belle aventure… Un seul mot : BRAVO !

Nous y mangeons, simple et bon, pour 5,00 €. Nous y déambulons, de lieu en lieu, de surprise en surprise… et, tout au bout, tombons toutes les quatre en amour avec le camping. C’est lui – et son fameux tiki – que nous décidons de croquer, tranquillement installées sous un majestueux cèdre plus que centenaire. En effet, celui-ci régnait autrefois sur le parc entourant la maison de Chateaubriand… Quel moment fabuleux ! (Dire que le boulevard Raspail, avec sa circulation intense, est juste derrière ! C’est à peine croyable.)

Depuis, Les Grands Voisins ont célébré l’hiver et la fin de leur « Saison 1 ». Après la fête, le site a fermé pour quelques semaines… avant de rouvrir ces jours-ci. Partiellement d’abord, le 1er février. Puis totalement, au top-départ de la « Saison 2 » prévu le 30 mars. L’aventure continue de plus belle : ne ratez pas ça !